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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 21:58

Travailler vert et vivre pauvre

Actualité du 02/11/2009.

L’emploi vert est une stratégie patronale restauratrice du capitalisme dans le cadre d’une nouvelle bulle spéculative. Le renouveau économique vert ne propose pas un changement d’orientation, il reconduit la même chose : toujours plus de croissance et de profits, et encore moins de redistribution. C’est une stratégie d’ajustement. La réduction des inégalités n’aura pas lieu.

(Photo: Avaaz.org, 2009)

L’Union européenne, depuis le paquet énergie climat passé en force lors la présidence française en décembre 2008, veut encore promouvoir les trois fois 20 %. Durant la prochaine conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Copenhague du 7 au 18 décembre 2009, il en sera de nouveau ainsi.

L’engagement de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20% d’ici 2020 par rapport à leurs niveaux de 1990, et de 80% d’ici 2050, reste l’objectif premier dans un triptyque à trois dimensions. Il reste aussi à réduire de 20% la consommation d’énergie primaire et de faire passer la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique à 20%.

L’acteur syndical, en tant que représentant d’une industrie dite énergivore, est incontournable. Dans les débats à venir, il n’est pas question de remettre en cause notre responsabilité citoyenne. Mais il ne faudra pas non plus, sous prétexte de cette responsabilité, faire endosser la charge la plus lourde aux travailleurs afin d’introduire un nouveau modèle de production façonné pour des multinationales à la recherche du profit.

L’enjeu environnemental nous concerne tous, et il ne doit pas servir aux entreprises à faire usage d’un monologue marketing pour justifier des stratégies d’externalisation et de délocalisation. Remettre en question notre industrie par la mise en concurrence entre le social et l’environnemental serait la pire des erreurs. Les trois piliers du développement durable c’est d’abord un équilibre non exclusif, avec l’environnemental comme base, l’économique comme moyen et surtout le social comme but.

Une nouvelle bulle spéculative est en cours de construction, d’autant plus sournoise qu’elle aborde le thème de la survie de la planète et donc du réchauffement climatique. L’agenda du capitalisme vert est secondé une nouvelle fois par une Union européenne qui remet sur la table de négociation une vision marchande du monde.

En effet, la logique mercantile est évidente dans le cadre de la politique ETS qui concerne les échanges de quotas d’émission de carbone. A ses débuts, ce système devait permettre l’encadrement du marché, mais a force de dérogations, le pouvoir régulateur s’est lui-même sabordé et cela signifie l’échec de la logique de redistribution qui était inhérente au système de taxation initial. Le lobby du capital fonctionne bien, puisqu’il s’est adjugé la gratuité dans ce droit de polluer. Une sorte de bourse, qui permet aux pollueurs d’échanger leur misère en faisant même un bénéfice sur la revente de ce qu’ils obtiennent pour rien. Voici créé un marché spéculatif du permis d’émissions.

Autre effet pervers de cette marchandisation du droit de polluer : elle provoque une fuite de carbone. L’entreprise recherche davantage de compétitivité et procèdera à une migration industrielle dans des pays où il n’y a pas de coût carbone. C’est le début d’une vague de délocalisations et de restructurations, avec l’abandon de bassins entiers anciennement ou même récemment industrialisés depuis l’élargissement de l’Europe. L’engouement pour cette démarche est tel que la présidence renégociée de l’Europe risque de laisser à la postérité industrielle l’appellation de « site classé Barroso », en écho à la dénomination « Seveso », autrement redoutable.

En 2013, 4% seulement des entreprises européennes devront payer leurs quotas…

Et si cela n’est encore rien, l’Union européenne fait encore mieux, avec un autre pourcentage dont on ne parle plus vraiment. Le paquet énergie climat prévoit aussi pour 2020 l’utilisation d’au moins 10% d’agrocarburants dans la totalité utilisée. Après les dernières émeutes de la faim en 2008, Mesdames et Messieurs de la Commission, on peut se poser la question d’équité dans le projet de développement durable. L’impérialisme est dans nos murs et il s’exporte !

Même constat en ce qui concerne la méthode de développement propre, qui donne aux entreprises du Nord la possibilité de faire des investissements « verts » dans les pays en voie de développement. Par cette méthode, la société exportatrice de technologies dites vertes recevra en échange une exonération de sa charge carbone. Le résultat est odieux, car la perte de vitesse de l’agriculture vivrière, celle qui assure la subsistance alimentaire, fait que les ressortissants de ces pays émigrent massivement pour échapper à la faim. Si ils ne meurent pas dans cet exode forcé, ils arrivent peut-être en Europe, où la « directive de la honte » les accueille. Mais cela est une autre histoire, avec les accords de partenariats économiques qui visent, in fine, la capacité du pays visé à contrôler son émigration vers l’Europe.

Travailler vert et vivre pauvre pour mourir de faim ?

Le capitalisme ne serait en crise que pour une raison conjoncturelle, à savoir le secteur de la finance et d’un sous-secteur, la problématique des subprimes. Pour le capital, qui a socialisé ses pertes, et un marché qui s’est régulé, il faut donc s’attacher à résoudre le problème structurel qui serait celui d’une crise énergétique, climatique et donc environnementale. Peut-on parler de stratégie ?

A nouveau, l’Union européenne intervient pour insérer dans l’opposition entre le social et l’environnemental créée de toutes pièces, la solution miracle : l’emploi vert. On nous parle maintenant d’un «  Green New Deal », avec un budget étriqué voire inexistant de 200 millions d’euros, soit 1,5% du Produit intérieur brut européen, pour un objectif de 2 millions d’emplois. Plus localement, en Région wallonne, un nouveau plan Marshall 2.vert est lui doté d’une somme de 1 million d’euros. Une misère par rapport aux 278 millions alloués aux services d’aides aux personnes.

Question de choix politique

Pour tout le monde, et très certainement les multinationales, pour qui  gagner de l’argent c’est échanger entre elles 80% des flux de produits manufacturiers, le développement durable est la solution. Ces mécènes des temps modernes considèrent aussi que maintenant, le progrès social, c’est l’amélioration du bien-être dans une économie « bas carbone ». En véritables altruistes, ils disent remettre en question leur croissance et leur conception productiviste de l’économie, pour signifier clairement que tous ensemble nous allons réduire notre consommation débridée. Or, pour une grande majorité de la population mondiale, cette fameuse consommation, qu’il  faudrait réduire, c’est en fait des besoins fondamentaux.

Des 80% de la population mondiale vivant sans protection sociale, 2 milliards d’habitants de notre planète vivent sans accès à l’eau courante, alors que pendant ce temps là, 2.000 milliards de dollars sont dépensés par les pays du G20 pour sauver, nous dit-on, le monde des affaires et le petit épargnant. En même temps, en 2009, 200 millions d’abonnés de plus à la planète terre se retrouvent avec 2 dollars par jour pour vivre – et là on ne peut plus parler que de survie, car ils doivent souvent batailler dans la misère d’un travail, plus de 12 heures par jour.

Juste transition ?

Pour certaines organisations syndicales, ce changement il faut l’accompagner pour vaincre la crainte des travailleurs. Ils appellent cela la juste transition. Dans une économie intégrée, tous les travailleurs sont complémentaires, or, par ces mesures, ils deviennent quantité négligeable pour garantir une déflation salariale toujours plus grande et une flexibilité qui redeviendra, en même temps que l’emploi vert, un des mots clés de 2010.

En acceptant de perdre une partie de nos emplois.

En prenant des dispositions pour des formations tous azimuts.

On serait alors en position de force pour négocier de nouvelles activités créatrices de travail (décent). La grande puissance publique nous épaulera pour avantager fiscalement les entreprises globales à faire face à leur responsabilité sociétale et investir massivement dans de nouvelles technologies. En réduisant le seuil de taxation des entreprises, on garantira ainsi la stimulation des investissements et la redistribution sera assurée, puisque c’est pour le bien de la planète. La dette à l’égard des pays du Sud sera gommée par des transferts de technologies et l’abandon de la propriété intellectuelle sur celles-ci.

L’effet boule de neige, pour sûr. La banquise va se remettre à pousser…

L’emploi vert est une stratégie patronale restauratrice du capitalisme dans le cadre d’une nouvelle bulle spéculative. Le renouveau économique vert ne propose pas un changement d’orientation, il reconduit la même chose : toujours plus de croissance et de profits, et encore moins de redistribution. C’est une stratégie d’ajustement. La réduction des inégalités n’aura pas lieu et l’intégration des systèmes de solidarités risque de dépérir très rapidement.

L’opération est une réussite, mais le patient est mort. Et ce que l’on souhaite être un remède est en fait la face cachée de la maladie.
Le green job est un industriel killer. La juste transition est une rupture.

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Published by gerardselys
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