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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 12:19

Ces dernières semaines, nous nous sommes tus.

Nous nous sommes tus pour laisser la Cour de Cassation travailler.
Nous nous sommes tus malgré le vacarme et malgré le fait que trop souvent les médias, prétendant relayer l'opinion,  la construisent et attisent l'émotion bien plus que la pensée. Regrettable.

Aujourd’hui, la Cour vient de rappeler que la justice n’est pas la vengeance. Rappel salutaire.

L’émotion ne devrait pas exclure la dignité, soit un équilibrage rendu possible par la pensée. Pouvoir penser, c'est sans doute ce qui a manqué le plus à Michelle Martin il y a plus de quinze ans maintenant. Pouvoir penser, c'est ce qui fait défaut aujourd'hui aux représentants des victimes qui tentent de faire de la justice une entreprise privée, loin de l'intérêt collectif et du respect des libertés individuelles. Pouvoir penser, c'est ce qui manque aux hommes et aux femmes politiques qui "comprennent" l'émotion en lui donnant raison jusque dans ses dévoiements. Pouvoir penser, c'est ce qui manque aujourd'hui aux commentateurs haineux, sadiques et insultants qui s'exhibent avec la complaisance de presque toute la presse...
La pensée n'est pas affaire de spécialistes. Mais elle demande un peu de travail, un peu de silence, un peu de concentration, un peu d'échanges et beaucoup de respect.
C’est ce que nous espérons dans les semaines qui viennent et c’est pourquoi nous invitons les médias à relayer la lettre de Joël Van Cauter aux soeurs Clarisses(1), et plus particulièrement les paragraphes suivants:

"Il y a près de 20 ans, ma première femme a été assassinée. Je n’ai jamais pardonné à l’assassin. Je ne compte pas le faire. Mais si je ne lui pardonne pas à titre personnel, je ne crois pas qu’un être qui a tué puisse être réduit à un seul de ses gestes, même si ce geste relève du pire.
Au contraire, je crois que celui qui a fait mal doit pouvoir grandir, par la confrontation au négatif qu’il a incarné, engendré, à un moment.
Je crois que l’assassin est ainsi confronté au même mouvement que les proches de la victime, victimes elles-mêmes. On parlera de rédemption d’un côté, de deuil de l’autre. Ce ne sont que des mots. Figés, ils ne disent pas le cheminement, le tâtonnement, l’incertain, le doute. Ils ne disent pas la douleur. Ils ne disent pas assez le murissement, ce fruit de la vie qui peut être belle et bonne, malgré tout.
Refuser la libération conditionnelle, que la loi autorise à certaines conditions, c’est maintenir le coupable et la victime enfermés dans un même passé. Permettre à un prisonnier qui en a le droit de quitter une prison, c’est permettre que le fleuve aille à la mer.
Mesdames, je ne vous connais pas.
Il est probable que nous ne partagions pas les mêmes idées, peut-être pas toutes les mêmes valeurs.
J’ai néanmoins la conviction, comme homme et comme citoyen, qu’il faut que des personnes telles que vous jouent le rôle d’accueil que vous vous apprêtez à jouer (...) ”

(1) Publiée dans La Libre du 21/08/2012
 

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Published by gerardselys
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