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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 15:44

Carlot-travaille2.jpg

C’était à la fin du siècle passé déjà : le 26 novembre 1999, à Nîmes. Ce soir-là, devant une assemblée pour le moins dubitative ou atomisée (selonles images), le jeune sociologue français Loïc Wacquant, auteur d’une recherche intitulée « Les Prisons de la Misère », pourfendait
l’hyper-valorisation du Travail comme levier central d’acceptation du travail lui-même. Il décrivait comment « aujourd’hui on assiste au développement d’une insécurité sociale avancée » obligeant chaque travailleur potentiel, dans la représentation qu’il doit avoir de lui-même et dans les dispositifs de recherche d ‘emploi qu’il est appelé à
mettre en oeuvre, à se percevoir et à s’activer comme une micro-entreprise sommée de se vendre et donc de se rendre chaque jour plus employable, plus compétitive. A lui, -le travailleur-, à elle, -l’entreprise qu’il constitue-, de prouver, de justifier, de démontrer chaque jour son apport
supérieur à qui peut et qui veut l’engager, l’acheter, parier sur ses compétences, ses savoir-faire, son dévouement, dans un grand marché dérégulé de l’emploi, un grand jeu du chacun pour soi ! Hier soir, à la tv, une « chômeuse de longue durée » se lamentait de ces employeurs qui ne veulent obstinément pas « investir sur son profil » (sic).

Qui résiste à cette auto-fabrication de lui-même, à son auto-réification, ou s’en retrouve perdant et refuse de se plier à ce verdict, ne peut individuellement en sortir, hors la maladie mentale ou le suicide, qu’en posant des actes criminels ou criminalisables : faux et usage de faux (dans des pratiques de fraude sociale par exemple), travail au noir, vol à l’étalage, racket, deal, vol de ferraille ou carrément bracage, trafic de drogue, trafic d’être humains, etc. D’où la conclusion du sociologue : on en revient à une fusion, à un couplage de la question sociale et de la question pénale.
 

 

<https://www.youtube.com/watch?v=kNPayPcaeV0&feature=player_embedded>

Première question : ce couplage a-t-il jamais été brisé ?

Ensuite : et si aujourd’hui, même dans la Gauche, sacralisatrice s’il en est du Travail, du Plein Emploi et de la Croissance, on assiste partout et depuis plus de 20 ans à un déni de ce couplage, n’est-ce pas précisément parce qu’il s’agit d’empêcher de faire de l’augmentation de la criminalité, de la délinquance pénale sous toutes ses formes, et de
l’insécurité qu’elle engendre, les indices d’un mal-être social par rapport aux nouveaux éléments contingents du cadre salarial, c’est-à-dire d’une résistance qui suinte consciemment ou non par rapport à l’insécurité et à la précarité sociales qu’impose ce cadre et qu’il prétend inoculer à un corps collectif dont il a besoin mais qui les refuse et s’en défend comme il le peut ?

Accepter que, dans l’univers de nos prisons et de nos tribunaux, se démultiplie à grande vitesse ce signe, ce symptôme, ce serait forcer la question suivante, centrale aujourd’hui : le travail, dans sa dimension salariale actuelle, d’enfermement dans un rapport de subordination toujours plus précaire, plus « à la culotte », et d’obligation de production toujours plus exigeant, nous propose-t-il autre chose qu’une déshumanisation toujours plus forte de nous-mêmes, en ne nous concédant même plus en retour l’assurance d’une existence sociale "correcte" : un contrat d’emploi stable et garanti sur la durée, un revenu décent et en hausse progressive, une sécurité physique et psychique assurée dans le cadre de l’activité professionnelle, une pénibilité supportable, avec des marges de fluctuations tenant compte des ressources individuelles mais aussi de l’état de forme du jour, etc ?

Ce constat ne rend-il pas légitimes toutes les formes de refus qu’inventent ces petites machines , sensibles et audacieuses, que sont nos corps, y compris en recourant à des manoeuvres multiples de contournement ou de détournement de bon nombre de lois ? N’impose-t-il pas aujourd’hui comme une urgence politique majeure l’invention d’alternatives à la croissance, la productivité, l’arrimage même de tout revenu à la preuve et à la hauteur d’une participation à un système de production “privé” qui n’a plus aucune légitimité en soi? Il nous faut des portes de sorties, salvatrices et innovantes, qui nous désenclavent de pratiques de commandement que plus rien ne borne et d’une conception de la production auquel aujourd’hui seul le profit financier escomptable donne et fixe de la valeur.


Tcherry

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Published by gerardselys
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commentaires

Outlook settings 13/06/2014 14:05

To be able to get back to human history is something that amazes us. Here you have put up a leaf from the history on how hard it was to live for the poor in those times. I have read from many books that there were more of slavery in those times. I find myself lucky that I was not born in that era.

mariio 13/06/2014 13:22

Good job