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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 17:09

 

« Vaclav Havel le président philosophe », « intellectuel pacifiste », « grand ami de l’Occident », « Héros de l’anti-communisme », « sa vie était comme un chef-d’œuvre artistique »… Les grands médias occidentaux n’en finissent plus, depuis la mort de l’ex-président tchèque Vaclav Havel, de glorifier cet homme jusqu’à nous faire quasiment croire qu’il n’était rien de moins que la seconde venue de Jésus Christ.  Un bon millier de personnalités de toutes les droites ont assisté à ses funérailles dans la cathédrale Saint Guy de Prague, le 23 décembre dernier. Je n’ai pas lu un seul article critique sur le personnage depuis sa mort le 18 décembre.

 

Ce « grand pacifiste » a milité fort pour l’expansion de l’OTAN en Europe de l’Est, a appuyé les deux guerres d’Irak de Bush père en 1991 et de Bush fils en 2003 et qui est monté à la défense de l’installation en République Tchèque de pièces du bouclier antimissile européen des États-Unis en disant « je crois qu’en l’occurrence on peut se comporter comme de vrais alliés et aider les États-Unis dans leur projet » malgré l’opposition de la grande majorité de la population tchèque à ce projet impérialiste belliqueux et dangereux pour la stabilité mondiale. Havel était aussi un anti-communiste fanatique qui a milité fort depuis la chute de l’URSS pour faire interdire toute opposition tchèque « trop à gauche ». Il laisse derrière lui une République Tchèque reconnue depuis plus d’une décennie comme l’État membre de l’Union Européenne affichant les pires résultats en matière de droits humains, en particulier à cause de la discrimination systématique de la minorité des Roms dans ce pays, qui a fini par se répandre au niveau étatique depuis la chute du régime socialiste tchécoslovaque, qui garantissait à l’époque la sécurité des minorités ethniques.

 

Gérard de Sélys

 

Voici un texte, datant de 1997, écrit par Michael Parenti, écrivain américain, qui nous expliquait déjà à l’époque pourquoi Vaclav Havel n’était pas le Saint homme que l’on disait :

 Czech_Havel_Obit_0d491.jpg

« Il n’est guère de figure parmi les restaurateurs capitalistes à l’Est qui n’ait été plus adulée parmi les politiciens, les experts médiatiques et les universitaires américains que Vaclav Havel, dramaturge devenu le premier président de la Tchécoslovaquie post-communiste puis le président de la République tchèque.

 

    Tous les gens de gauche qui admirent Havel semblent ne pas vouloir voir certaines choses à propos de lui : son obscurantisme religieux réactionnaire, sa répression anti-démocratique de ses opposants de gauche et son profond dévouement à un système capitaliste débridé, creusant les inégalités économiques.

 

    Élevé avec gouvernantes et chauffeurs au sein d’une famille richissime et farouchement anti-communiste, Havel dénonçait dans la démocratie « le culte de l’objectivité et de la moyenne statistique » et cette idée que l’on puisse réaliser des efforts sociaux rationnels et collectifs pour résoudre la crise environnementale. Il a lancé des appels à l’émergence d’une nouvelle race de dirigeants politiques qui s’appuieraient moins sur « une pensée rationnelle, cognitive », démontreraient « de l’humilité face à l’ordre mystérieux de l’Être » et « croiraient en leur propre subjectivité comme principal lien les unissant à la subjectivité du monde ».

 

    Apparemment, cette nouvelle race de leaders serait une sorte de penseur supérieur élitiste, pas si différent du philosophe de Platon, doté d’un « sens de la responsabilité transcendantale » et d’une « sagesse archétypale ». Havel n’a jamais expliqué comment cette sagesse transcendantale archétypale se transformerait en décisions politiques concrètes, au profit de qui et aux dépens de qui.

 

    Havel a demandé un effort national afin de sauver la famille Chrétienne dans la nation Chrétienne tchèque. Se présentant comme un homme de paix, et tout en prétendant qu’il ne vendrait jamais d’armes à des régimes oppressifs, il a vendu des armes aux Philippines et au régime fasciste de Thaïlande. En juin 1994, le Général Pinochet, qui a assassiné la démocratie Chilienne, a été signalé en train d’acheter des armes en plein cœur de la République tchèque – sans qu’Havel ne nie les faits.

 

    Havel s’est rallié sans la moindre réserve à la guerre du Golfe de George Bush, une entreprise qui a tué plus de 100.000 civils Irakiens. En 1991, aux côtés de plusieurs autres leaders pro-capitalistes est-européens, Havel a voté avec les États-Unis pour condamner les violations des droits de l’homme à Cuba. Mais il n’a jamais dit un seul mot pour condamner les violations des droits de l’homme au Salvador, en Colombie, en Indonésie ou dans quelque autre Etat client américain que ce soit.

 

    En 1992, en tant que président de la Tchécoslovaquie, Havel, le grand démocrate, a demandé à ce que le parlement soit suspendu et qu’on lui permette de gouverner par décret, pour mieux faire passer ses « réformes » libérales. Cette même année, il a ratifié une loi qui a fait de la défense du communisme un acte de trahison passible d’une peine de huit années d’emprisonnement. Il prétendait alors que c’était la Constitution tchèque qui rendait sa ratification nécessaire. En fait, comme il le savait bien, cette loi violait la Charte des droits de l’Homme, incluse dans la constitution Tchèque. En 1995, il a soutenu et ratifié une autre loi privant les communistes et anciens communistes de tout accès à l’administration publique.

 

    La propagation de l’anti-communisme est restée une priorité absolue pour Havel. Il a mené une « campagne internationale effrénée » pour maintenir en vie deux stations de radio de la guerre froide, financées par les Etats-unis, Radio Free Europe et Radio Liberty, afin qu’elles puissent continuer à saturer les ondes est-européennes avec leur propagande anti-communiste.

 

    Sous le gouvernement Havel, une loi a été adoptée criminalisant la diffusion de la haine nationale, religieuse et de CLASSE. En effet, les critiques des grands intérêts financiers étaient désormais illégales, assimilées de façon injustifiable avec la bigoterie religieuse ou ethnique. Le gouvernement d’Havel a mis en garde les syndicats contre toute implication politique. Certains syndicats militants ont vu leurs biens confisqués et remis à des syndicats plus conciliants.

 

    En 1995, Havel annonçait que la « révolution » contre le communisme ne serait pas achevée tant que tout ne serait pas privatisé. Le gouvernement d’Havel a liquidé les biens de l’Union de la jeunesse socialiste – ce qui comprenait des camps de vacances, des salles de jeux, des équipements culturels et scientifiques – plaçant ces biens sous la direction de cinq sociétés privées, aux dépend de jeunes que l’on laissait désormais traîner dans les rues.

 

    Sous des programmes Tchèques de privatisation et de « restitution de biens », entreprises, commerces, bâtiments, logements et une bonne partie de la terre publique ont été bradés à des capitalistes tchèques ou étrangers. Dans les républiques Tchèques et Slovaques, on a redonné à d’anciens aristocrates ou à leurs héritiers toutes les terres que leurs familles possédaient avant 1918, sous l’Empire austro-hongrois, dépossédant les anciens occupants et les plongeant pour nombre d’entre eux dans la misère. Havel a lui-même repris possession à titre personnel des biens publics (châteaux, hôtels de luxe) qui avaient appartenus à sa famille quarante années auparavant. Tout en se présentant comme un homme dévoué à faire le bien des autres, il s’est en fait pas mal débrouillé pour lui-même. »

 

Source : Blackshirts and Reds, 1997

 

 

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Published by gerardselys
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commentaires

Michèle (Pambrun) 27/12/2011 21:56

Merci Gérard de Sélys, de cette mise au point.