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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 16:15

 

Croissance, croissance, est-ce que ça a une gueule de croissance ?

Alors, faut-il être optimiste pour la relance ? Faut-il se dire que les vents ont changé et que l’austérité n’est plus considérée comme la solution absolue pour sortir du merdier dans lequel le monde de la grande finance a plongé le monde ?

Edito de Nico Cué, 8/06/2012.

 

P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non disent, selon la croyance populaire en tous cas, les Normands.

P’têt ben qu’oui.  L’Eurozone est désormais en récession (moins 0,3%) alors que l’austérité s’y applique comme un remède de cheval. Même les plus bornés se disent donc que cette austérité, qui est parfois rebaptisée rigueur comme en Belgique où on a le sens de la nuance, cette austérité donc, elle ne marche pas. Les opinions publiques suivent. Les derniers scrutins européens l’ont prouvé, avec la très emblématique défaite du couple Sarkozy-Merkel, le premier à l’Elysée, la seconde dans cette locomotive de l’Allemagne qu’est le land de Rhénanie du Nord – Westphalie. Bref, des experts les plus distingués à l’électeur de base, la majorité commence à comprendre qu’on a fait fausse route. Il faut relancer.

Le premier problème est que tout le monde n’en est pas encore vraiment convaincu, et qu’il faudra du temps avant que des mesures précises soient prises. Mais ce premier problème n’est pas le plus important. Ce qui compte le plus, c’est le : « P’têt ben qu’non ». Derrière le changement de discours qui se profile, derrière ce passage de l’obligation d’austérité à l’obligation de croissance si l’on veut sortir de la crise, il y a le danger du trompe l’œil, le danger que cette croissance néoproclamée ne soit en fait qu’un ersatz de recettes néolibérales. Que la croissance ne serve, en fait, qu’à rhabiller les mécanismes capitalistes qui nous ont menés où nous sommes aujourd’hui.

Qu’est-ce qu’on nous dit ? Que les freins à la « croissance » sont multiples. On nous cite l’indexation des salaires, horreur sans nom qui fait que si le coût de la vie augmente, les salaires suivent (plus ou moins…). On nous dit que les pensions arrivent trop tôt, et donc qu’il faudra travailler plus longtemps. On nous dit que le travail doit être organisé de manière plus flexible, ce qui veut dire à la fois qu’il faudra travailler plus souplement (multiplication des horaires de travail différents, explosion des présences de nuit ou de week-end, horaires coupés, prestations à la demande) et de plus en plus sans protection contractuelle (c’est tout le chapitre de la possibilité offerte au patron de licencier de plus en plus facilement). Bref, on se prépare à nous organiser une reprise de la croissance sur le  dos du monde du travail. On nous forcerait à nous adapter à la relance. Une sorte de déformation du vieux slogan de Sarkozy : travailler plus, oui, mais pour obéir plus aux lois de la productivité.

Il est donc bien clair que de cette croissance-là, nous ne voulons pas plus que de l’austérité/la rigueur. Il faudra donc désormais, plus que jamais, décrypter ce qui se cache derrière des mots apparemment consensuels.

La croissance, c’est d’abord se donner les moyens… de croître. Il faut relancer, à l’initiative des pouvoirs publics, des politiques d’investissement, que ce soit dans les infrastructures au sens strict ou dans les services publics, ce qui passe par l’arrêt radical de tous ces plans qui n’ont pour seul objectif que de réduire les coûts, en sabrant dans le volume des fonctionnaires sans aucune considération pour la mission qu’ils remplissent au service de tous.

C’est, aussi, relancer le pouvoir d’achat, la consommation (responsable, certes), indispensable moteur d’une reprise économique. Il faut donc, au plan européen, arrêter cette guerre idiote de la compétitivité qui, à chaque étape, ne fait que broyer les revenus des uns et puis des autres. C’est mener une politique de salaire minimum (on doit pouvoir gagner sa vie en travaillant….), c’est cesser de considérer la liaison des allocations au bien-être comme une aumône d’avant-élections, c’est maintenir l’indexation automatique, c’est contrôler les prix des produits de base, comme l’énergie ou l’alimentation, pour dégager une marge pour le reste dans le portefeuille des ménages.

C’est, enfin, à notre niveau (je ne veux pas ici parler des politiques européennes sur les aménagements des dettes nationales ou sur l’émission d’euro-obligations), promouvoir une fiscalité qui frappe le capital et la fortune plus que le travail, donc une fiscalité qui soit aussi plus progressive, et puis une fiscalité plus light pour les produits de première nécessité, par le biais de l’abaissement des taux de TVA sur certains produits.

Quand on a listé tout cela, et c’est évident que je suis très loin de l’inventaire  complet de ce qui me semble devoir être fait, on mesure l’immense écart qui existe entre la bonne croissance et celle que les ex-supporters de l’austérité nous concoctent.

Soyons donc prêts à combattre la rouille qui est restée sous la couche de peinture neuve.

Nico Cué, Secrétaire général FGTB Métallos



 

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Published by gerardselys
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