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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 12:40

 Dès son arrivée à Paris, Florence Cassez s’est déclarée « innocentée » par la décision de la SCJN mexicaine (Cour Suprême de Justice de la Nation) de la libérer, le 23 janvier, pour vices de procédure dans son arrestation et son procès. Accueillie à l’aéroport comme une personnalité, accompagnée du Ministre des Affaires Etrangères en personne, c’est à elle qu’on a d’abord tendu le micro, sa parole a été reçue et répétée comme si elle-même était habilitée à émettre son propre jugement & verdict. Validant par sa seule présence cette parole, Laurent Fabius s’est contenté de louer son « courage » et de déclarer qu’elle allait enfin pouvoir « se reconstruire » parmi les siens. Que la scène était émouvante pour qui ignore les tenants & aboutissants de cette affaire !


Or il convient de rétablir les faits : la SCJN ne l’a nullement exonérée ni « innocentée » des accusations pour lesquelles elle avait été arrêtée, poursuivie, jugée et incarcérée, car ses crimes sont réels. Ses victimes ont témoigné, l’ont reconnue physiquement et ont identifié sa voix, son accent français en espagnol, elles ont rapporté ses paroles, ses menaces (celle, par exemple, de leur couper un doigt ou une oreille pour exiger une rançon, selon la procédure du groupe de malfaiteurs auquel elle appartenait aux côtés de son compagnon, Israel Vallarta, toujours incarcéré). Ces victimes, aujourd’hui contraintes de vivre cachées, auront-elles pour leur part le privilège de « se reconstruire » ? Ces faits et témoignages accablants sont de bien peu d’importance pour les media et nos politiciens : elle a été libérée, donc elle est innocente. On ne fera pas dans le détail, car il s’agit avant tout d’obtenir une victoire politique contre un pays considéré de tout temps par les Européens comme inférieur et sous-développé. 


La cour suprême du Mexique a reconnu, tout comme l’opinion publique, habituée à ce genre de scénarii, qu’il y avait eu divers vices de forme de la plus haute gravité dans son arrestation et son procès. Or on sait qu’un vice de forme peut suffire à entraîner la prononciation d’un non-lieu, sans que cela remette en cause la vérité des faits imputés. Ce qui est particulièrement grave dans cette affaire, c’est que l’ensemble du procès et les décisions successives de la SCJN ont fait l’objet d’invraisemblables pressions politiques, au niveau des chefs d’Etat eux-mêmes, et que la médiatisation de l’affaire, du fait de l’intervention intempestive de Nicolas Sarkozy, a empêché qu’une solution diplomatique raisonnable soit atteinte. Quatre gouvernements et leurs présidents, en France et au Mexique, sont intervenus directement, sans laisser place à la négociation diplomatique, ce qui a entraîné des conséquences irréparables: tout d’abord l’annulation de l’Année du Mexique en France, suite à un caprice de Sarkozy, qui aura coûté au Mexique des milliards de dollars et mis en suspens pendant des mois nos relations bilatérales. Rappelons que le Président Felipe Calderón a pris cette décision, approuvée par la grande majorité des Mexicains, en riposte à l’affront qui lui avait été fait par son homologue français de dédier toutes et chacune des manifestations de l’Année du Mexique à Florence Cassez, une criminelle de droit commun. Le président Calderón avait des principes et une certaine fierté, légitime, quels qu’aient été par ailleurs ses erreurs et défauts politiques, qui ont provoqué au Mexique l’équivalent d’une guerre civile et 50.000 morts, selon les chiffres officiels ; ce sont les mêmes principes moraux et religieux qui l’ont conduit à mener cette guerre sans merci et perdue d’avance contre les cartels de la drogue et le crime organisé dont Florence Cassez était un rouage. 


La décision de la Cour suprême du Mexique est selon toute vraisemblance le résultat des pressions exercées par les nouveaux gouvernements au pouvoir cette année et par les grandes entreprises, au premier rang desquelles figure Televisa, sans surprise propriétaire du conglomérat de chaînes qui avait orchestré la grotesque mise en scène de l’arrestation de Cassez et de son compagnon le lendemain du jour où ils avaient réellement été arrêtés par les forces spéciales de police. Cette simulation est la pièce maîtresse des diverses irrégularités qui ont justifié le non-lieu prononcé par la SCJN.

 « L’émotion » que déclare éprouver Sarkozy à propos du cas de Florence Cassez est de bien peu de poids à côté des gigantesques intérêts économiques et politiques qui sont en jeu : la France possède au Mexique de nombreuses usines Peugeot et Renault, elle y exporte des produits alimentaires et cosmétiques, et le Mexique exporte vers la France des produits agricoles et alimentaires, entre autres. Il importait donc avant tout pour le gouvernement actuel du Mexique de donner satisfaction à la France en libérant Cassez séance tenante, sans même explorer la possibilité qu’elle poursuive là-bas son incarcération. Et il importait au gouvernement français d’effacer l’erreur de Sarkozy en faisant libérer Cassez. Le président Calderón n’avait pas cédé, mais les temps ont changé. On a trouvé en François Hollande un partenaire que la libération de Cassez pourra faire remonter dans les sondages à un moment où sa popularité est mise à mal par une série d’impairs et tergiversations. Il faut aussi rappeler que Martine Aubry avait soutenu Sarkozy lors de l’annulation de l’Année du Mexique en France.


« Ce n’est pas du tout ce qu’on entend à Paris » me dit Jean-Pierre Ceton à propos de Cassez. Bien sûr, il est plus porteur pour les media de présenter Cassez comme une sorte de nouvelle Ingrid Bétancourt, une innocente injustement incarcérée pendant sept ans dans les geôles d’un pays sans foi ni loi. Après tout, les Mexicains ne sont-ils pas, dans l’imaginaire européen, des pistoleros qui, lorsqu’ils ne s’égorgent pas entre eux, font la sieste ivres-morts sous les cactus ?


 Le dénouement lamentable de l’affaire Cassez, l’innocence que l’opinion publique française ne manquera pas de lui attribuer grâce au soutien des politiciens, tous bords confondus, qui louent son « courage », sa « persévérance » face à l’adversité, sa « dignité » (Copé, Sarkozy, Delanoë), sont une ignominie telle que seuls les intérêts conjugués du capital et de la désinformation peuvent en produire, ils devraient faire honte à nos pays, mais il est probable que tout cela sera vite passé à pertes & profits par nos gouvernements qui ont à présent d’autres intérêts en tête.


Cassez.jpgpar Frédéric-Yves Jeannet, mardi 29 janvier 2013, 18:43 ·

 

 

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Published by gerardselys
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