Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Gérard de Sélys
  • Le blog de Gérard de Sélys
  • : Gérard de Sélys, Réflexions, analyses et délires sur l'actualité et les médias.
  • Contact

Recherche

Liens

11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 19:54
Tous les soirs pendant une semaine, Emeline, Thomas leur fils Kyrilo, ainsi que Pascaline ont tapé sur des casseroles au coin des rues Jarry et Saint-Denis, dans le quartier de Villeray.
Thomas, Julien, Pascaline, Morlaisiens, et Emeline, Angevine, vivent, à Montréal, le plus long conflit de l'histoire du Canada. Plus habitués aux manifs françaises, ils racontent.

Les manifestations et les grèves, en France, on connaît. C'est une tradition qu'Emeline Declerk, Angevine, et Thomas Le Goff, Morlaisien, avaient presque oublié depuis leur arrivée à Montréal il y a six ans... « On trouvait que le Québec ne bougeait pas. Les rares manifestations que nous avions vues ici ne montraient pas un peuple qui voulait s'exprimer », explique Emeline, 30 ans, vidéaste à Montréal. Jusqu'à la grève étudiante contre l'augmentation de 75% des frais de scolarisation. « Au-delà du mouvement étudiant, la province s'est éveillée, exprimant un ras-le-bol général du gouvernement Harper, des scandales qui s'enchaînent chez les libéraux, la corruption... »

Des manifestants imaginatifs

La durée de la grève (du jamais vu en France) les impressionne. « Plus de 100 jours chez les étudiants et 40 manifestations nocturnes. En même temps, je n'ai pas le souvenir de voir en France un gouvernement aussi arrogant, qui ne veut rien entendre, rompt les négociations sans motifs valables », explique Emeline. Son mari Thomas ajoute: « Le gouvernement Charest a décidé de jouer la ligne dure du pourrissement du conflit. Avec cette fermeté outrancière, il a rallié la population à la cause étudiante. »

Autre différence: les modes d'action sont plus originaux que nos classiques défilés. « Les étudiants sont très créatifs pour continuer à attirer l'attention sur eux et leurs discours : manif tout nu, mascottes, slogans, réseaux sociaux... », précise Emeline. Pascaline Floch, graphiste morlaisienne de 29 ans expatriée à Montréal depuis deux ans, et son ami Julien Koenig, cuisinier, poursuivent. « Il y a plein de symboles comme le carré rouge (1), ou « l'anarchopanda », une grosse mascotte qui fait des hugs aux policiers pour dénoncer la violence policière. »

Cumuler plusieurs emplois

Solidaires des étudiants, Emeline, Thomas et Pascaline ont participé à plusieurs manifestations, notamment à des concerts de casseroles pour faire résonner le mécontentement envers la loi 78 (passée le 18mai) qui limite le droit de manifester. « En tant que Français, on aime ça, pouvoir s'exprimer ! Et on aime aussi le Québec. C'est pratique, dans notre quartier, ça commence toujours en bas de chez nous », dit Emeline. De 20 h à 22 h, ce boucan d'enfer se fait en famille. « Un clin d'oeil aux manifestations chiliennes sous la dictature de Pinochet dans les années 70 », explique Pascaline.

« J'ai eu la chance en France de bénéficier de bourses, d'avoir un État qui m'a payé mes études et m'a aidé à payer mon loyer et ma bouffe sans avoir à le rembourser, dit Emeline. Quand je suis arrivée au Québec, tout le monde autour de moi avait des prêts à rembourser pour les études, plusieurs dizaines de milliers de dollars. Commencer la vie active avec des dettes n'est pas la meilleure des choses et je pense que cela restreint tes choix professionnels ou de mouvement à la sortie de tes études. Alors augmenter encore ! ? » Les étudiants que connaît Thomas « doivent cumuler plusieurs emplois pour vivre décemment. »

Face à un mur

Depuis la rupture des négociations le 31mai, « on sent un ras-le-bol, un écoeurement, constate Emeline. Il y a un mur face au mouvement. Ça s'essouffle au niveau du grand public, même des étudiants. Les jobs d'été dont les étudiants ont besoin démarrent. Les actions ont toujours lieu, mais plus ponctuelles. Ça ne m'étonnerait pas que tout cela reprenne de la vigueur fin août, début septembre. »

En métallurgie, comme explique Thomas, « on appelle ça l'écrouissage : le fait de déformer un métal, en le martelant, le durcit. Ça marche aussi pour les casseroles, continuons à taper dessus, ça les rendra plus dures ! »

Nadine BOURSIER.

 

(1) Ce petit morceau de tissu a fleuri sur les vêtements et symbolisait au départ les étudiants dans le rouge sur leur compte bancaire à cause des prêts qu'ils doivent contracter.

Erable-4.jpg

Partager cet article

Repost 0
Published by gerardselys
commenter cet article

commentaires