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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 13:58

 

Le 12  mars dernier, l’Italie fêtait le 150ème anniversaire de sa  création et à cette occasion fut donnée, à l’opéra de Rome, une  représentation de l’opéra le plus symbolique de cette unification : Nabucco  de Giuseppe Verdi, dirigé par Riccardo Muti.

Nabucco de Verdi est une  œuvre autant musicale que politique : elle évoque l'épisode de l'esclavage  des juifs à Babylone, et le fameux chant « Va pensiero » est celui du Chœur  des esclaves opprimés. En Italie, ce chant est le symbole de la quête de  liberté du peuple, qui dans les années 1840 - époque où l'opéra fut écrit -  était opprimé par l'empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu'à la  création de l’Italie unifiée.

Avant la représentation, Gianni  Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour prononcer un discours  dénonçant les coupes dans le budget de la culture du gouvernement. Et ce,  alors qu’Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de  Berlusconi.

Cette intervention politique, dans un moment culturel des  plus symboliques pour l’Italie, allait produire un effet inattendu, d’autant  plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait à la  représentation…

Repris par le Times, Riccardo Muti, le chef  d'orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution : « Au  tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons  commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes  arrivés au fameux chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que  l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne  pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du  public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va  Pensiero allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur.  On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des  esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».

Alors  que le Chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà : «  Bis ! » Le public commençait à crier « Vive l’Italie ! » et « Vive Verdi ! »  Des gens du poulailler (places tout en haut de l’opéra) commencèrent à jeter  des papiers remplis de messages patriotiques – certains demandant « Muti,  sénateur à vie ».

Bien qu’il l’eut déjà fait une seule fois à La  Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le Va  pensiero. Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais  pas faire simplement jouer un bis. Il fallait qu’il y ait une intention  particulière. », raconte-t-il.

Mais le public avait déjà réveillé son  sentiment patriotique. Dans un geste théâtral, le chef d’orchestre s’est  alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M.  Berlusconi, et voilà ce qui s'est produit :

[Après que les appels pour un  "bis" du "Va Pensiero" se soient tus, on entend dans le public : "Longue vie  à l'Italie !"]

Le chef d'orchestre Riccardo Muti : Oui, je suis d'accord avec ça,  "Longue vie à l'Italie" mais...

[applaudissements]

Muti : Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu  ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte  de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis  pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie  patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais  le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous  continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de  l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle  et perdue".

[Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur  scène]

Muti : Depuis  que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de  trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens  à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théatre de la capitale,  et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné  magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à  nous pour chanter tous ensemble.

C’est alors qu’il invita le public à  chanter avec le Chœur des esclaves. « J’ai vu des groupes de gens se lever.  Tout l’opéra de Rome s’est levé. Et le Chœur s’est lui aussi levé. Ce fut un  moment magique dans l’opéra. »

« Ce soir-là fut non seulement une  représentation du Nabucco, mais également

une déclaration du théâtre de la  capitale à l’attention des politiciens. »

 

Voici une vidéo de ce  moment, à regarder…… c’est fort !!!!

 

 http://www.youtube.com/embed/G_gmtO6JnRs

 

 

Texte et images reçus par courrielBerlusconi2-copie-1.jpg

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Published by gerardselys
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commentaires

Feuilly 28/06/2011 17:14


Merci pour ce moment d'intense émotion.


Calamity 27/06/2011 14:50


Cher Gérard de Sélys,

Voilà quelques mois que je vous suis et me régale à la lecture de vos articles.

Mais une chose m'exaspère: vous avez choisi un hébergeur de blogs qui impose sa pub, aujourd'hui c'est Cetelem, et ça ne cadre pas vraiment avec ce que vous dénoncez.
Savez-vous qu'il est d'autres hébergeurs qui sont totalement sans pub et gratuits? Blogger, pour ne donner qu'un exemple, parce que c'est celui que j'utilise... (www.blogger.com)

Je crois que nous serions nombreux à approuver un déménagement de votre part.

En vous souhaitant le meilleur, à commencer par une belle après-midi ensoleillée, recevez mon cordial salut!